New York

Tu sautes dans un taxi et tu débarques sur le pont de Brooklyn, là où l’univers de Miller s’est élargi. La pluie est étrange. Il y a un faux soleil au dessus de la ville. Tu contemples le fantôme de la divine Amérique. La terre ne peut être fécondée par ici, te dis-tu. Toute la matinée à te balader entre les buildings construits sur la poussière des morts. Et ce bruit tout autour de toi qui curieusement t’apaise. A Battery Park, tu oublies la ville et essaies de reconstituer le monde d’avant Colomb. L’amoncellement des coquilles d’huîtres dans Pearl Street, les clairières où poussent le maïs et le tabac, les huttes en écorce le long des berges, la crique bleu marine où viennent pêcher les Indiens de la petite île. Puis tu te souviens des mauvaises fictions de ton adolescence. Les ermites matérialistes et les programmeurs cyberpunks, tu les imagines vivre au sommet des plus hauts buildings. Avec ton appareil photo, tu cherches les interstices et les points de fuite. Des particules argentées s’évaporent de l’épave du navire qu’ils ont trouvée à Ground Zero. Tu regardes à l’horizon. La ligne de crête massacre le gris du ciel. « J’ai de nouveau yeux » chante au loin le vieux Dylan. Alors tu te remémores les grands classiques de l’auteur-compositeur-interprète-figure-majeure-de-la-musique-populaire et c’est de nouveau le grand espace qui surgit devant toi. Tout apparaît dans les grandes largeurs. Le faux soleil, les épaves, la poussière des morts et cette entaille constante qui dénude l’Amérique. Visions apocalyptiques d’un chef terroriste à la mesure de cette ville, visions si vastes que même un dieu corporel y laisserait sa peau.

À Central parc, tu repenses à la première fois où tu as atterri ici, au jazzman et à son jazz qui replaçait dans le ciel des rushs d’incandescence, et aussitôt l’émotion première réapparaît.

Traces Tueur Clochard

Drôle de temps aujourd’hui, comme si le soleil inondait l’averse. Tu poursuis ta dérive sous la pluie et sur les boulevards reluisants. Il est plus de 22h. L’électricité masque la nuit. Corps illuminés irradiés par elle. Le miracle du capitalisme sert de matrice à tes éblouissements. Les sirènes assourdissantes engloutissent illico tes moindres pensées. Y a pas à dire, le capitalisme est une machine de guerre redoutable. À ce degré d’accumulation, le capital devient presque sacré.

Tu aimes cette ville car on peut y être difforme sans honte. Tu t’allonges sur le banc décati d’un terrain vague, à l’ombre de deux buildings. Dès que tu fermes les yeux, tu la vois elle qui danse dans l’air au dessus des gratte-ciels étincelants, son corps ardent dans l’atmosphère saturée d’énergie. Puis tu te réveilles vingt minutes plus tard au fond d’un canyon fracassé, cerné par des monuments hystériques en béton armé, avec de vagues souvenirs fleuris peinturluré dessus. Oui tu aimerais bien te planquer pour toujours dans les décombres de cette ville incandescente et dévastée.

Photos : Vbo, NYC

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6 commentaires

  1. Tann'gwen · août 15, 2013

    J’ai beaucoup apprécié cet article décrivant l’atmosphère de N-Y

  2. Dominique Hasselmann · septembre 26, 2013

    L’atmosphère n’a donc pas changé et la particularité de NYC demeure : vous avez su la rendre (et vous y rendre).

    • gednel · septembre 26, 2013

      Merci! Cette ville est faite pour se réinventer.

  3. Alain L · septembre 27, 2013

    J’avais essayé de poster un commentaire, mais ça n’avait pas marché, donc je reviens: oui, très beau texte sur New York. « Puis tu te souviens des mauvaises fictions de ton adolescence. Les ermites matérialistes et les programmeurs cyberpunks, tu les imagines vivre au sommet des plus hauts buildings. », ça rappelle Cendrars et sa prose du transibérien et de la petite Jehanne de France….

    • gednel · septembre 27, 2013

      Merci de votre commentaire. La référence à Cendrars me touche, une grande influence souterraine sans doute. ça m’incite à poursuivre mes explorations.

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