L’espace coule autour de nous

C’était l’époque où on élaborait notre voyage sans but en Afrique, l’époque aussi des lectures et des musiques qui nous changeaient. On découvrait un monde d’ombres légères et de lumières intenses, un monde de sensations brèves mais qui, espérions-nous, étaient pleines d’avenir. Les choses se dépouillaient de leurs fonctions habituelles. Elles se débarrassaient de leur nom pour retrouver leurs formes et leurs couleurs naturelles. Notre moelle épinière et notre cerveau comme plaques sensibles, chaque impression reçue était fondatrice. Tout ce qui nous arrivait, même le plus infime, semblait nous marquer durablement. J’écrivais : le silence fait envie, le risque fait envie avec toi. Il fait clair ce matin. La fenêtre est ouverte. Le tsi-tsi discret d’une mésange nous parvient du jardin. On est assis l’un à côté de l’autre dans la cuisine. L’espace coule autour de nous. Nos corps sont immergés dans l’air calme du matin. On scrute les formes, les surfaces, les reflets. Chaque détail nous interroge. On croit sentir la vie et la mort à la lutte à chaque instant. La perte, la joie, à chaque instant. Une brise légère apporte par bouffées l’odeur des roses et du jasmin. Elle nous enveloppe, nous abandonne, puis revient. C’est comme si elle nous respirait. On se sent réversibles, me dis-tu. Ta lecture récente de Merleau-Ponty n’est sans doute pas pour rien dans cette impression. Je tente de déchiffrer les signes de ce qui, dedans-dehors, est en train de changer. Grâce à toi, je deviens ce que je rêvais d’être.

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