Thiès – Lac Rose – Dakar

Après déjeuner, je m’allonge dans un hamac balancé par l’harmattan. L’harmattan transporte le sable du Sahara pour le noyer dans l’Atlantique. Je respire l’air sec du désert. L’océan gronde au loin. La chaleur fait trembler l’horizon. Mon corps se situe au bord du lac Rose, 20 cm au-dessus d’une terrasse en bois et 3 mètres en dessous du niveau de la mer. Le vent paisible fait frissonner les feuilles. Tout à l’heure, j’ai échangé avec le vent mon panama. Tête nue, j’aurai l’air moins cloche. Des picotements remontent le long de la moelle épinière. Rare et délicieux bien-être. Quelqu’un, tout près de mon oreille, appuie sur les touches de son portable, c’est la dernière chose que j’entends avant de plonger dans le noir.

Au saut du lit je plonge dans l’Atlantique pour me désintoxiquer la tête. Je reprends mon souffle pendant que mon corps jouit trois secondes et demi des premiers rayons qui bientôt lui brûleront les épaules puis il s’enfonce une nouvelle fois dans l’océan. Des mouettes volent en rase-motte. Au large une sirène me fait signe de la rejoindre. Elle veut sans doute m’emmener aux requins. Je fais mine de ne pas la voir. Je suis absorbé par le soleil qui apparaît de derrière un nuage. Je l’imagine sortir des abysses. Chaque vague est une respiration. Elle m’apporte des nouvelles de mon enfance. Elle calme aussi ma peur qui vient je ne sais même plus d’où. La dernière vague gonfle flambée, s’éclate sur mon crâne et pulvérise mon reste d’angoisse.

Gare routière de Dakar : On attend que le bus se remplisse pour enfin partir. L’attente est interminable. On ne compte plus les heures. On joue aux devinettes, on fait un cadavre exquis, on dessine dans la poussière, et puis on ne fait plus rien. On entre dans un état flottant et, au bout d’un long, long moment, survient l’épiphanie. L’interminable attente laisse place à une étrange euphorie, cette euphorie qui naît de l’abandon, du lâché prise. Bouchon jeté dans l’eau et emporté par le courant, disait Renoir. J’aime cette image. Nos corps nus dans l’océan. Rien d’autre n’existe que cette station-service à l’abandon, ces pierres poreuses, cette poussière soulevée par le vent, ce soleil qui nous brûle les yeux. Il s’agit de se réconcilier avec tout ce qui nous entoure. Ce n’est pas du fatalisme, simplement la pleine acceptation des choses telles qu’elles sont et telles qu’elles nous entraînent dans leur mouvement. Ne plus nier l’influence qu’a l’extérieur sur notre comportement, nos gestes, nos pensées. Non pas changer les choses, mais être changé par elles. On commence à comprendre, je crois, ce que voulait nous dire Nicolas Bouvier.

Texte intégral ici : Thiès – Lac Rose – Dakar

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