Carnet de route du Mali – suite et fin

22 février 2001 – Arrivée à Telli dans la magnifique lumière du matin : cases aux murs de boue séchée et au toit de paille, greniers en terre nichés au fond d’une large crevasse. Une grande voûte de pierre coiffe le village. On longe l’amas de roche puis on s’enfonce dans des tranchées de latérite. Pause sur une petite place recouverte d’ombre. Nin’ s’allonge sur une chaise longue en bambou à côté d’un touriste à bob et chaussettes blanches que l’on croit d’abord assoupi, mais ce dernier ouvre les yeux lorsque Nin’ s’installe. Il l’observe discrètement. Va-t-il lui adresser la parole ? Trop tard, Nin’ vient de fermer les yeux.

« Touriste à bob et chaussettes blanches » ai-je écrit plus haut : le voyageur-baroudeur que je m’imagine être ricane en observant le touriste qu’il sera sans doute dans 20 ans.

Les jours se succèdent, dans leur beau dépouillement, dans la sécheresse blanche du désert, dans l’air immobile et bleu. Après une marche de deux heures sous le plein soleil, un simple verre d’eau enivre. Debout tout le jour, peu à peu elle et moi nous nous dénudons. Nos sacs-à-dos s’allègent et la route grandit. En voyage comme dans la vie, il est préférable d’un peu de manque que de trop plein. L’abondance assèche l’âme.

S’affaiblir, s’épuiser le corps, dans la torpeur du jour pousser le dénudé jusqu’au bout. Apprendre à vivre de peu pour être à la toute fin rendu au monde, dépouillé de toute volonté autre. Accepter aussi de ne pas y arriver. Ne pas se dérober à la douleur de vivre. Le plus précieux reste le plus fragile.

« Les Dogons ont longtemps résisté à l’islamisation de la région, nous dit notre guide, les habitants de Telli se sont convertis dans la première moitié du XIXème siècle. C’était surtout pour bénéficier de l’aide des villages autour » ajoute-t-il avec un sourire malicieux. Je l’interroge sur Amma, les Nommo, Renard pâle qui me fascine tant. J’espère recouper certaines des informations que j’ai lues dans le « Dieu d’Eau » de Griaule, mais le jeune guide me fait des réponses toutes autres ; elles détruisent le fragile édifice que j’avais tenté de bâtir sur la cosmologie dogon.

En début d’après-midi, on décide avec Nin’ de s’éloigner du village. On passe devant différentes personnes assises au bord de la piste, un homme qui nous demande des graines de Cola, un autre de l’argent, puis on croise une famille joyeuse sur une charrette bringuebalante tirée par un zébu efflanqué. Les trois gamins nous font de grands signes et nous encouragent dans notre marche sous le soleil sans fin. Lorsqu’on se met à escalader les rochers gris-rose, un enfant solitaire de 6-7 ans qui était assis à l’ombre d’un grand karité nous emboîte le pas. Tous les trois on suit la faille qui monte le long de la falaise dans un grand silence. Excitation de se frayer une percée vers le ciel ; jamais assez près du soleil. Après une demi-heure d’une marche exaltante, on fait une pause sur une grande pierre plate pour nous désaltérer. L’enfant s’assoit sur une souche en face de nous. Il refuse la gourde encore fraîche qu’on lui tend. On lui pose des questions basiques en nous aidant de nos mains. On comprend qu’il s’appelle Soulé. Au bout d’un moment il se lève et montre du doigt un étrange petit dessin tracé au fusain sur la paroi de grès. Je m’approche, ça ressemble vaguement à une créature mi-homme mi-poisson nageant la brasse… Me prenant pour un apprenti ethnologue, je recopie le curieux dessin le plus fidèlement possible. Soulé nous dit quelques mots qu’on ne comprend pas : guilé, sangara… puis il crache sur le dessin et l’efface de sa main. On reprend notre marche, toujours silencieusement et un sourire béat aux lèvres. Arrivés en haut de la falaise deux heures avant le coucher du soleil, on flâne sur le plateau de grès mythique sous l’immensité du ciel. Dans le crâne, les battements du sang et la brise légère du pays. On surplombe une immense plaine désertique que le grand soleil fait étinceler. Un modeste filet d’eau ruisselle le long de la falaise. La chaleur de la plaine monte jusqu’à nous. On se tient dans le souffle chaud, au bord du vide. À nos pieds, de l’ocre, du rose orangé et du vert à perte de vue. C’est un spectacle hallucinant d’immensité. Soulé va pisser derrière un arbuste. Nin’ s’assoit tout près du bord de la falaise. Léger sourire, elle a toujours aimé se faire peur. Je l’entends chantonner pour elle-même Tous les cris les SOS. Cet air lui rappelle son adolescence solitaire. Elle chante un peu faux, ne tient pas vraiment le rythme, mais j’aime par-dessus tout l’écouter chanter comme ça, un peu bancal. Elle est si belle dans la lumière poudreuse du soir, assise sur le bord du monde. Elle porte un T-shirt délavé, un bermuda fatigué et des sandales usées jusqu’à la corde que Van Gogh aurait sans doute aimé peindre. Vers cinq heures, elle s’en retourne à Timbolé, accompagné de Soulé, pour photographier la vie au village et la préparation du dîner. Je reste longuement dans la brûlure du jour finissant.

Le soleil s’est maintenant couché derrière moi. Les pieds nus sur la roche, les bras en croix et les yeux fermés, mon corps se dissipe dans l’air bleu indigo.

Sur la route du retour, à une centaine de mètres du village environ, je reste à distance de trois chiens errants que je devine dans la pénombre. Ils semblent tourner autour des restes d’une charogne non-identifiable. Soudain me reviennent les paroles de Ferré : Homme ou chien c’est pareil, on les regarde naviguer.

Même s’il faut se résigner à n’être que des touristes dans la plupart des endroits qu’on visite, il existe certains lieux où, miraculeusement, l’espace s’ouvre et où certaines personnes rencontrées deviennent pour un bref moment des cousins et des frères.

Endé : du Lonely Planet j’apprends que les Anciens habitaient dans la grotte naturelle située derrière les maisons exiguës en pierre coiffées d’une paroi rocheuse. J’imagine les tout-premiers hommes découvrir cette crevasse large et basse, se pencher pour observer attentivement la zone d’ombre, y pénétrer pas à pas, fouiller un peu dans la poussière blanche, y trouver des restes d’animaux, peut-être même de primates. Une fois les éclaireurs tout à fait rassurés, les familles s’installent au fond de la grotte. Ils sont au frais, protégés des intempéries, dans le ventre de la terre.

Très chouette atmosphère ici. Les femmes nous sourient et les enfants sont adorables. Le guide parle longuement à l’homme au beau visage émacié et au regard clair qui est venu nous accueillir, puis il se tourne vers nous et nous informe que le chef spirituel du village est à l’agonie. D’où cette phrase étrange qu’un vieil homme sec et courbé, croisé en chemin, nous avait dite et que j’avais notée dans mon carnet sans la comprendre : « Le serpent nettoie le corps du Hogon pour la dernière fois. » Le Hogon est le chef religieux de tous les Dogons. Il préside le conseil des Vieux qui gère l’ensemble des affaires publiques. Il est le représentant du culte du Lébé, le serpent qui a guidé les Dogons depuis le Mandé jusqu’aux falaises de Bandiagara. Selon la tradition, le Hogon ne se lave pas par lui-même, c’est le serpent sacré qui chaque nuit lui lèche le corps pour lui donner la force de traverser la nuit sain et sauf.

Yaba-Talu : nouveau petit village aux cases de torchis rectangulaires au pied du plateau rocheux. Sur l’une d’elles sont peintes des lignes de chevrons rouges et blanches. C’est la case du Hogon, nous dit un des Vieux du village. Cette double bande de chevrons est également présente sur les trois calebasses alignées le long de la case voisine. Les deux lignes représentent le cheminement de la parole et le cheminement de l’eau, nous explique le Vieux. Un enfant de 5-6 ans rencontré au village nous demande par gestes de le suivre. On se laisse entraîner par son enthousiasme débordant ; il nous conduit jusqu’à Timbolé, un village voisin. Chemin faisant, il nomme les êtres et les choses qui croisent son regard. Il le fait tendrement, et même amoureusement ai-je envie de dire, à la façon d’un chat qui caresse de la tête chaque objet qui se présente sur sa route. Il ne parle pas un mot de français et j’essaie tant bien que mal de traduire : « Dji », il me montre un fruit long dans un arbre (?). « Temé » veut sans doute dire « pierre ». « Bara », il fait un large geste du bras en suivant l’horizon. La plaine ? Le pays peut-être ? Un chien errant, langue pendante, nous considère avec indifférence au bord du chemin.

Un touriste canadien rencontré ce soir nous conseille de ne pas manquer le village de Bani lorsqu’on visitera le Burkina Faso. Un homme, qui se fait appeler Prophète Cissé, y a fondé une nouvelle religion et tout le village lui est dévoué corps et âme. On dit de lui qu’il aurait d’étranges pouvoirs. Sûr qu’on ne va pas louper ça. J’aimerais faire sa connaissance pour voir si notre esprit serait capable de résister à ses mauvais sorts.

Nuit du 22 février à Begnimato :

On se couche après dîner. Peu après minuit, on est brusquement réveillés par le son des tamtams et leurs échos sourds contre la roche. On tend l’oreille et on entend des voix de femmes qui accompagnent les tamtams : ce sont des chants polyphoniques qui percutent la falaise et c’est sublime. Munis de lampes frontales, on se dirige à tâtons dans l’obscurité vers ce qui nous semble être une cérémonie religieuse. On trébuche à plusieurs reprises contre des pierres et des racines. Un homme est posté devant l’une des cases les plus imposantes du village, il a une torche à la main. « Bonsoir… que se passe-t-il là-bas ? » lui demandé-je « Il y a une chanteuse connue qui est arrivée aujourd’hui dans le village. Elle vient de Koro pour l’enterrement d’un proche. Alors ils ont organisé une soirée en son honneur et ils chantent des chansons pour elle et avec elle. » On s’approche précautionneusement du lieu de réjouissance.

« Nous avons un seul Père ! Nous avons une seule Mère ! Nous devons rester unis ! Les autres sombrent dans la violence !

Nous devons vivre en paix ! » scande un magnifique cœur de femmes. Je me fais traduire les paroles par un jeune homme de l’assistance. « Leur chant parle de l’histoire des Dogons, m’explique le jeune homme, l’histoire de nos parents. Il parle aussi de l’avenir. Il dit qu’il faut nous préparer à la fin du monde car le monde est très fragile. »

La chanteuse de Koro est encadrée de quatre femmes et de deux hommes. Ils dansent autour d’un joueur de calebasse, d’un joueur de tamtam (avec des cordes sur le côté) et d’un type torse nu qui tient une torche. Danseuses et danseurs avancent en rythme par petits pas saccadés. La chanteuse de Koro répète la même phrase en en variant légèrement le rythme et la mélodie, le chœur des femmes lui répond avec ardeur. La chanteuse s’extrait maintenant du cercle des danseurs. Elle piétine le sol en accélérant progressivement le rythme. Les autres l’encouragent de leurs youyous. Elle s’approche des musiciens en balançant les bras. Elle s’accroupie devant le joueur de calebasse en continuant à taper du pied frénétiquement.

La longue journée de marche nous incite à nous recoucher, mais tellement heureux d’avoir pu assister à ce spectacle nocturne fascinant.

Nuit très courte. Réveillé bien avant l’aube, je me glisse hors du lit et hors de la case en prenant soin de ne pas réveiller Nin’. Je grimpe sur un promontoire rocheux que j’avais repéré la veille au soir pour attraper les premiers rayons du soleil. Assis en tailleur dans la demi-obscurité qui précède l’aurore, je respire longuement la fraîcheur de la terre. Le soleil pointe enfin son nez, il transfigure le paysage en quelques secondes. Longue extase à voir se déployer devant moi l’espace immense de la plaine à mesure que le soleil monte haut dans le ciel. C’est à en trembler de joie. Le paysage est presque intégralement minéral, pourtant je sens la vie qui pulse et frissonne tout autour. Après de longues minutes contemplatives, je me décide à redescendre. Je trouve un modeste coin de verdure en contrebas du village, m’y allonge pour continuer à contempler encore un peu le ciel sans filtre du matin. Des moutons paissent à quelques mètres de moi. Nin’ doit être maintenant réveillée. Au moment où je me décide à me lever pour la rejoindre, un oiseau noir au ventre blanc vient se poser près de mon épaule. Sa tête d’épingle en gros plan : il a un drôle de bec rouge en forme de plume de stylo et m’observe avec attention. Je reste parfaitement immobile pour ne pas l’effrayer mais au bout d’un moment la poussière ocre de la route qui s’est incrustée dans mes cheveux m’incite à me gratter la tête, et l’oiseau s’envole. De nouveau je me tourne vers les moutons. Le bélier le plus proche de moi se met à bêler fort sans raison apparente et il se dresse vigoureusement sur ses deux pattes arrière. Je crois entendre des coups de feu. Je me redresse. Oui ce sont bien des coups de feu au loin. Peut-être célèbrent-ils un enterrement dans un village voisin. Le grand bélier me scrute de ses yeux vitreux. Il se cabre après une nouvelle détonation, imité par plusieurs de ses congénères. Les détonations redoublent. Tous les moutons se dressent maintenant à l’unisson sur leurs pattes arrière au rythme des coups de feu qui semblent se rapprocher. J’ai la gorge sèche, les oreilles qui bourdonnent. La sueur qui coule abondamment de mon front et le soleil intense m’obligent à fermer les yeux. Lorsque je les ouvre de nouveau, les moutons portent tous le masque traditionnel dogon symbolisant l’union du ciel et de la terre, et s’approchent lentement de moi. Je tente de partir en courant mais une grosse pierre me fait trébucher. En pleine panique, je détale comme je peux à quatre pattes, m’écorchant mains et genoux contre les pierres branlantes de la falaise. Les bêlements s’intensifient derrière moi, le troupeau semble gagner du terrain, je sens son odeur. Je hurle pour couvrir de ma voix les cris des bêtes et mon propre cri me réveille en sursaut au milieu de la case parfaitement ronde, à côté d’elle dans le grand lit carré, sain et sauf. Mon t-shirt est trempé et mon cœur bat à tout rompre. Un petit oiseau noir au ventre blanc se pose dans l’encadrement de la fenêtre. Nin’ couine légèrement en se retournant dans le lit ; l’oiseau s’envole. Je tente de me remémorer la longue extase du rêve. Revivre ne serait-ce qu’une demi-seconde cette extase-là. Tenter aussi de saisir son surgissement par l’écriture.

Ce matin, un jeune homme de Begnimato nous raconte qu’il y a une semaine, une maison a brûlé dans son village. Toute la famille a péri sauf une des quatre filles. Hier soir, le corps de l’adolescente a été retrouvée dans la plaine, adossée à une imposante termitière : « Elle a été mordue par un serpent, nous dit le jeune homme, les villageois disent que l’incendie est aussi l’œuvre du serpent. Le serpent est un démon. Il a attiré la fille pour achever son travail. Ce soir, les villageois vont chanter et vont danser. Ils appelleront les Ancêtres pour qu’ils les protègent du serpent. »

De retour à Bankass, à l’heure bénie où les ombres s’allongent dans les cours intérieures. Pendant le dîner, je discute peinture avec France Gentil, un peintre belge venu chercher l’inspiration dans la falaise de Bandiagara, et c’est passionnant : « La forme, elle doit se saisir dans ses trois dimensions pour rendre compte du réel, m’explique-t-il. Aujourd’hui, par exemple, j’ai essayé de saisir les volumes et pas simplement les contours de la falaise. Pour y arriver, j’ai dû modifier le tracé des blocs de pierre tel que mes yeux les voyaient et ainsi retrouver la réalité de ces blocs de pierre. Drôle de truc, hein ? C’est pareil pour les couleurs, faut pas chercher à retrouver les couleurs telles qu’on les voit, mais en utiliser d’autres qui, bien que légèrement différentes ou même parfois très différentes, seront les témoins, les témoins exacts de la réalité. […] Je trouve que le problème de l’enseignement aux beaux-arts, c’est qu’ils cherchent souvent à appréhender le réel selon un seul point de vue. Durant leurs années d’apprentissage, les étudiants s’évertuent à dessiner et à peindre un modèle uniquement selon ce qu’ils voient, alors que l’étude du corps humain nécessite les connaissances les plus pointues dans les domaines les plus variés. Il faut multiplier les expériences et varier ses connaissances, en architecture, en danse, en géologie, en botanique, en paléontologie, etc.  Toutes ses connaissances sont nécessaires pour tenter de percer un peu l’obscurité du monde. Par exemple, j’ai passé des heures à étudier les lignes de force des squelettes des dinosaures. Les formes de mâchoires des carnivores sont essentielles pour réussir à dessiner le vrai visage, le visage réel d’un homme ou d’une femme. » France Gentil a la cinquantaine bien tassée mais, quand il parle peinture, il a l’enthousiasme d’un jeune homme. Il me dit avoir toujours refusé de se plier aux exigences du marché. « Je n’ai pas choisi de style. J’ai refusé de suivre les modes. Je ne fais partie d’aucun courant. La peinture, c’est la seule façon que j’ai trouvée de comprendre un peu mieux le monde.  Et c’est marrant, quand j’y repense, je me suis mis au départ à la peinture parce que je n’y comprenais rien, mais alors rien du tout ! »

On marche tout le jour sur de la poudre orange. Notre peau a bruni, avec le temps elle devient perméable. Ah, les frissons que ça nous fait… La lumière du Mali nous a décillés, m’as-tu soufflé hier soir, et aujourd’hui me revient en tête ce passage d’Henry Miller dans le Colosse de Maroussi, l’un de ses marquants : « J’avais marché les yeux bandés, à pas chancelants, hésitants ; j’étais orgueilleux, arrogant, satisfait de mener la vie fausse et restreinte du citadin ; la lumière de la Grèce m’a ouvert les yeux, a pénétré mes pores, a fait se dilater mon être tout entier. »

Moi et toi allongés sur le lit étroit dans la case aux murs lépreux éclairée par un néon blanc en fin de vie. Odeur persistante de poussière brûlée sur nos fringues. Plus de dix kilomètres à pied ce matin parmi les dégradés d’ocre et de vert sur une terre épuisée. Nos épaules se font robustes, dirait-on, nos pas prennent de l’assurance. J’éteins le néon pour mettre fin au grésillement. Ta main dans la mienne, on s’échange dans le noir des souvenirs de voyage. On a quand même quelques beaux passages à notre actif, me chuchotes-tu. Je devine ton sourire. Pour la première fois depuis le grand départ, on parle maintenant du temps qu’il nous reste, puis on évoque des projets qui feraient un peu rêver pour notre retour au bercail. On parle d’une ferme à rénover, d’une usine désaffectée pas loin de chez ses parents qu’on pourrait transformer en atelier d’artiste, des choses comme ça. Vraiment pas pressés de retrouver l’ordre et le conformisme, me dis-tu avec une pointe de tristesse, puis tu chantonnes Many rivers to cross de ta voix un peu fêlée que j’aime tant. Sûr que nos ventres ont encore faim de terres arides et de routes défoncées. Je sors quelques minutes pour m’aérer la tête. Vif plaisir à m’enfoncer dans la nuit bien noire des campagnes. J’observe l’alignement d’Orion, je cherche Sirius sans la trouver, puis retourne me coucher près de toi. Je sais que tu attends mon baiser rituel sur le front pour pouvoir t’endormir paisiblement. J’écoute ta respiration lente. Je sens que, comme moi et contrairement à ce qu’on s’est dit tout à l’heure, tu as maintenant des rêves de confort et de propreté. Après plus de cinq mois de rude vagabondage, on a tous les deux besoin d’un peu de tranquillité.

Voyage en Pays Dogon

Mopti -> Bankass : de loin l’itinéraire en bâché le plus éprouvant qu’on ait fait depuis le début du voyage. La piste ocre fait de la tôle ondulée, comme on dit par ici. Les puissantes vibrations nous tassent les vertèbres tout le long du trajet. Déplaisante sensation que mes intestins rejoignent mes testicules ; pas d’autres choix que de me tenir à bout de bras à l’armature du bâché. Les rares passages sablonneux sont des bénédictions. A la pause, on marche sur une terre poudreuse. On aspire l’air à chaque pas. A l’arrivée à Bankass, une fine pellicule de poussière ocre nous recouvre de la tête aux pieds ; c’est Holi en plein pays dogon.

20/02/01 Balade ce matin dans le marché de Bankass. Des attroupements de gamins se forment rapidement autour de nous ; on est aliens parmi les Maliens. Profusion de vie qui emplit le cœur. Les enfants jouent torse nu avec des pneus usagés dans la lumière matinale. L’Afrique, on la respire à pleins poumons. Me souviens de ce que tu me disais, il y a quatre mois à peine, la veille du départ : Une vie à l’écart, clandestine. Je te répondais : ne plus jamais participer à tout ce cirque. Et demain on explorera sac au dos le mythique pays dogon. J’accomplis le rêve que je formulai à mes vingt ans. Depuis ma découverte de Marcel Griaule et de Michel Leiris, cette région du monde représente pour moi le lieu d’un nouveau départ.

Je me renseigne auprès du gars à l’accueil de l’hôtel pour organiser l’excursion des prochains jours : « C’est beau comme village ? » je lui demande « Oui, mais quand même, pas tellement. » « Et c’est loin ? » « Un peu… » Puis il m’explique tranquillement que, dans cette région, lorsqu’une femme enceinte meurt, son mari doit quitter le village sinon un grand malheur se produira. Il doit alors violer la femme d’un autre village et ramener le pagne de la femme violée pour le montrer aux gens du village. Je sors m’aérer la tête ; je préfère me dire que le gars est mytho. Je m’assois sur une large pierre de grès et me plonge dans la lecture de Jean Rouch dans le clair intense de la pleine lune : « Chez les Dogons l’origine de la mort est venue en même temps que l’origine de la parole : c’est à dire que les hommes étaient immortels tant qu’ils n’avaient pas de langage articulé. A partir du moment où Dieu leur a donné la parole, ils ont commencé à mourir puisqu’ils pouvaient l’un l’autre se dire : « Tu vas mourir ». » Je referme le livre. Il est minuit passé. Il fait incroyablement doux. Le ciel nocturne est sublime. J’aimerais avoir l’énergie de traverser une nouvelle nuit blanche sous la voûte immense diamantée d’étoiles. Dans le grand silence, le couinement brusque d’un porc me fait sursauter. Il me rappelle étrangement le cri des mouettes sur la grève costarmoricaine. J’essaie d’imaginer l’inspiration première du peuple dogon : je ferme les yeux et vois la toute première personne qui, comme moi cette nuit, ne trouvait pas le sommeil. Elle s’est levée et elle est partie se promener le long de la falaise, des cris d’animaux au loin et les milliers d’étoiles au-dessus de sa tête.

Le village derrière elle a disparu dans l’obscurité. Comment déchiffrer la forêt de signes qui nous encercle ? Elle écoute le roulement de l’air nocturne, les bruits discrets de la nature, regarde les plantes, les arbres, la plaine sèche qui s’étend à l’Est, examine avec la plus grande attention la roche sédimentaire de la falaise, contemple longuement l’immensité de la nuit. Nommer simplement les choses que l’on voit ne suffit pas, il faudrait rendre grâce à toute cette splendeur, se dit-elle, réussir aussi à décrypter les mystères dissimulés derrière le jeu d’ombres et de formes du monde. Comment déciller mes proches, les subjuguer par un récit à la mesure de l’Enigme, un récit qui donne un sens à la dissémination hasardeuse des étoiles ? Son regard porte loin, vers les constellations. La nuit cristalline stimule ses obsessions. Dans la fièvre, elle cherche la fiction la plus juste qui éclairera d’abord son monde intérieur. Elle s’arrête au pied du grand baobab, caresse l’écorce lisse qui luit faiblement sous la lune, regarde les branches, puissantes comme des racines. Mon récit sera pareil à ces branches, se dit-elle. Elle serre entre ses deux mains une large feuille de l’arbre comme si elle voulait en ressentir chaque nervure. Peu à peu, elle commence à se sentir regardée par l’arbre. Ensemble, durant cette nuit si douce, ils se raconteront une longue histoire où la fantaisie et le réel s’entremêleront. À tour de rôle, ils compléteront les bouts de phrases que l’autre aura soufflés.

C’est à moi, cette nuit, d’activer la petite fabrique interne. Je vais tenter de m’inspirer de la grande poésie dogon pour inventer ma propre cosmogonie, ma petite révélation personnelle. J’aimerais que ça se passe comme dans un rêve : je vais fermer les yeux, prendre une profonde inspiration et expirer tout ce que j’ai dans le corps. Comme d’habitude, je m’en remets au hasard pour tenter de soulever un coin du voile.

Or donc, selon une des versions de la cosmogonie dogon, voilà comment tout commence :

Amma, Dieu suprême, crée la Terre et en fait sa compagne. Malgré une grande termitière, clitoris de la Terre, qui se dresse en rivale du sexe mâle, Amma s’accouple avec la Terre. Ce premier accouplement donne naissance à Yurugu, le Renard Pâle. Cette naissance est un échec car Yurugu est un fils unique et donc incomplet. Il est le mauvais fils, le fils rebelle, imparfait, qui apportera le chaos du monde. Errant en vain à la recherche d’une compagne, Yurugu finit par commettre l’inceste avec sa mère la Terre. Yurugu ou le Renard pâle, qui détruit l’ordre universel en couchant avec sa mère, est en possession de la parole originelle. Celle-ci est sortie du sexe de la Terre, mais ensuite l’inceste a rendu la Terre muette. Le sang menstruel apparaît, impur parce que signe de stérilité. Amma décide de détruire la termitière, puis Il s’accouple à nouveau avec la Terre excisée. Celle-ci met au monde le Nommo, un couple de jumeaux. Il est pétri en eau. Le couple Nommo est né complet et parfait, à la fois femme et homme (dans certaines circonstances je confirme qu’il est bien utile de se dédoubler pour rester en vie). Il est l’eau des mers, des pluies, des fleuves, des rivières. Il est aussi lumière ; à l’horizon il est le cuivre des nuages transpercés par les rayons du soleil. Les jumeaux garantissent l’équilibre de la vie sociale. Ils symbolisent le commerce : lors d’un troc, les choses échangées se doivent d’être équivalentes. Les jumeaux sont maîtres de l’Eau et de la Parole (le verbe et l’eau sont les fondements de la vie spirituelle). Ce sont par l’Eau et par la Parole que les êtres se régénèrent. Amma pétrit l’être humain en terre et en eau. La semence de l’homme, c’est la terre qui féconde l’eau de la femme. S’accoupler est un acte agricole. Amma façonne avec de l’argile un couple humain, qui donne ensuite naissance aux huit ancêtres. Le couple divin Nommo leur enseigne la parole, liée à l’humidité et au tissage car elle est faite de questions et de réponses entrelacées. Pour qu’il y ait parole, il faut qu’il y ait échange, il faut apprendre à donner et à recevoir. Pour que les êtres humains ne soient pas doubles comme le Nommo, pour débarrasser l’homme de sa féminité et débarrasser la femme de sa masculinité, prépuces et clitoris doivent être tranchés. La circoncision et l’excision séparent donc les femmes des hommes.

Qu’ai-je également appris sur les Dogons ? Que le tambour est la parole parfaite parce qu’elle est vibrante et circulaire (le tambour, c’est du tissage en trois dimensions). Que cultiver la terre, c’est faire pénétrer le verbe des ancêtres dans la terre, la faire respirer et par là même faire reculer l’aridité. Qu’il faut savoir danser au rythme des enclumes pour se relever des morts. Que les paroles sont recueillies par l’oreille mais aussi par le sexe de la femme.

Et si l’on en revient à ce cher Yurugu : dans la cosmogonie dogon, Renard Pâle symbolise les difficultés d’Amma. Pour moi, il représente le bad boy visionnaire. Il m’évoque les figures de Villon, Caravage, Rimbaud… Yurugu a le don de guider les devins. Pour ce faire, l’augure trace sur le sol un grand rectangle divisé en cases. Il y dessine des figures et y plante des bâtons. Ça fait comme un tableau abstrait. La personne voulant connaître son avenir lance alors dans le rectangle une poignée de cacahuètes. La nuit venue, un renard dans lequel Yurugu s’incarne vient manger les cacahuètes. En piétinant les traces et en renversant les bâtons, il bouscule l’ordre des choses. Le lendemain matin, le devin lit les présages sur le sol. Il interprète les bâtons renversés par l’animal et les traces laissées par ses pattes, son museau et sa queue épaisse.

La malédiction du Renard Pâle puis la naissance du couple Nommo qui vient rééquilibrer le monde m’évoque aussi, sans que je sache bien pourquoi, la mystérieuse phrase de Kafka : « dans ton combat contre le monde, seconde le monde ». J’aime assez l’idée que la cosmognie dogon détienne une des clefs de la grande énigme.

Tu veux retrouver le nom de l’eau, le nom du feu, le nom de la terre, le nom du sable, le nom du ciel. Tu sens que les mots du mythe lentement te réaniment l’âme et le corps, qu’ils te font basculer de l’autre côté de la nuit. Toi aussi t’aimerais prendre part à ces échanges murmurés entre initiés. Suffit de se pencher et de ramasser les secrets du verbe dans la poussière, t’a chuchoté ce matin le vendeur de volailles à l’étrange regard clair sur le marché de Bankass. De retour dans la petite chambre d’hôtel, tu t’es souvenu qu’enfant, tu passais des heures sidérantes à observer les fourmis dessiner le sublime dans la poussière de l’été. D’une idée l’autre, tu as ensuite songé aux millions de faits minuscules qui inconsciemment nous façonnent, aux millions de minuscules traces que chacun laisse derrière lui. Seules les traces font rêver, écrivait René Char. Elles n’agressent pas, les traces, elles suggèrent l’absence. Cette nuit, tu devines une main tendue dans l’obscurité. Tu prends le carnet qui ne te quitte pas et, de ton écriture patte de mouche tu retranscris rapidement les phrases qui te viennent entre veille et sommeil :

allez on va se raconter une histoire pour de faux comme avant une petite histoire qui comblera un peu le vide du ciel nocturne une histoire chuchotée sous la lune parce que la nuit c’est encore plus beau elle remue d’étranges souvenirs la nuit elle fait halluciner le réel alors craque l’allumette pour faire venir la braise des mots réveille nos fièvres adolescentes musique nouvelle au front musique des hauteurs au loin le roulement des perles sur la peau tendue fait monter la lumière du jour doucement tout doucement les tambours tissent à l’aube des cheveux d’or oui les génies du fleuve nous ont recontacté cette nuit alors du haut de la falaise on crie de joie et de rage pour crever le silence et notre cher Yurugu se réveille en sursaut il s’engouffre dans la grande termitière munie de petites dents acérées elles lui tailladent tout le corps il rampe ensanglanté notre Renard Pâle rampe dans le sexe de la Terre finit par trouver les éclats de soleil cachés dans les plis du vagin ressort exsangue dépose un à un les éclats de soleil sur le sol poudreux les traînées brunes de son sang sur la poussière ocre trace l’avenir du monde puis il expire humblement sous le soleil de midi au milieu du plateau de grès tandis que le Ciel agrandi d’Afrique comme l’Esprit d’Amma brusquement se déchire en deux alors le couple Nommo médiateur du Ciel et de la Terre en descend magnifiquement pour rejoindre la société des hommes pétris en terre et en eau les jumeaux incestueux se posent délicatement sur la cuticule du grand scorpion le neuvième ancêtre né d’une faille de la falaise se caressent longuement devant les vingt-quatre petits hommes sûrement ébahis derrière leur masque de cérémonie le couple maintenant goûtant l’un à l’autre sur le dard du scorpion qui agite ses pinces en vain mais soudain c’est le geste brusque le geste de trop et l’insecte colossal pique en un éclair les deux jumeaux langoureux qui périssent foudroyés sur le champ le neuvième ancêtre les découpe méthodiquement les déglutit avec application s’assoupit d’aise devant les petits hommes masqués qui profitent de la sieste du grand scorpion pour s’approcher sans bruit et lui transpercer le corps de leurs longues lances les vingt-quatre guerriers se taisent on n’entend que les craquements du cartilage de l’animal qui se brise suivis par des bruits visqueux écœurants ils s’acharnent sur son cadavre encore tiède s’aspergent du sang cuivré de leur victime brûlent sa carcasse sous la lune tandis que la bière tiède de mil contenue dans les grandes calebasses se déverse dans leurs gorges sauvages le grenier céleste est vide mon ami et le vide impossible à combler et puis l’homme est né criminel c’est comme ça il faut s’y faire le massacre durera toujours.

La personne insomniaque du début de cette histoire, maintenant détentrice de la parole première, rentre au village exténuée au petit matin. Depuis sa petite enfance elle fut hantée par la Grande Énigme et, à force de scruter obsessionnellement le réel, ça a fini par s’ouvrir tout seul dans sa tête. Jamais son cerveau ne fut plus libre que cette nuit. Oui, entraînée par le souffle de son propre récit, il lui a suffi d’une seule nuit pour construire tout le décor, imaginer les acteurs et les grands événements. Dans la fascination des idées qui la traversaient, les différents éléments ont trouvé naturellement leur place. Chaque tabouret, calebasse, ouverture, porte, ouverture, clef ou serrure est désormais sacré. Les signes sur terre ont des répercussions quelque part dans le ciel ; chaque maison dogon est l’univers tout entier. Notre voyante (j’ai maintenu l’ambiguïté jusqu’ici mais j’aime à penser que c’est femme qui a effectivement eu l’inspiration première) entre dans la chambre minuscule plongée dans le noir. Elle referme la porte sans un bruit, s’allonge sur la couche poussiéreuse qui occupe presque tout l’espace et, après avoir été dévorée par ses propres images du crépuscule jusqu’à l’aube, elle ferme enfin les yeux. À son réveil, elle transmettra aux autres villageois le feu sacré de cette nuit miraculeuse (qui m’évoque la plus belle nuit d’écriture de Cendrars).

Des braiments d’ânes me réveillent en sursaut au petit jour. Avec tout ça, j’ai dormi deux heures à peine et aujourd’hui débute notre grande randonnée en pays dogon.

Fin de matinée. Fixité de l’air. On marche dans un silence presque absolu, juste le bruit de la latérite poudreuse qui gobe nos sandales. Nin’ a enroulé un chèche bleu indigo autour de sa tête. C’est pour pas abîmer ma beauté ! me lance-t-elle avec son sourire malicieux. Écrasés de chaleur, on descend lentement vers la masse spectaculaire de roches beiges, grises, ocres, saumons, roses… Le rutilement du soleil sur la falaise de Bandiagara nous éblouit. On se regarde, léger sourire mais pas un mot, aucun de nous deux ne veut briser le silence. C’est sans doute aussi parce qu’on ne trouve pas les mots. On est submergés par la beauté brute du lieu. Le soleil de midi nous tabasse et aucun coin d’ombre vers lequel se réfugier. J’observe les baobabs en bordure, les étranges niches creusées plus haut dans la roche : notre guide nous explique qu’au milieu de la falaise on aperçoit les anciennes demeures des Tellem (peuple qui a précédé les Dogons), et quelques mètres plus bas les maisons troglodytes des anciens Dogons.

Comme l’explique Marcel Griaule : « On peut voir ainsi comment, dans la magistrale et minutieuse économie dogon, tout est dans tout ; comment des cultes considérables se fragmentent jusqu’à la poussière individuelle et comment cette poussière, par le jeu des symboles, contient l’immensité de l’organisation du monde humain. » Évidemment, tout ceci est une fable, comme les autres mythes et comme toutes les religions d’ailleurs, une fable qui aide les hommes à vivre, mais je pense qu’il est simpliste de ne voir dans cette cosmogonie qu’un moyen pour les hommes d’apaiser leur angoisse. Ces histoires d’androgynie, de gémellité, d’inceste et autres mystères vaginaux touchent évidemment à des vérités premières, à ce qui brûle.

Les astronomes ont récemment découvert que, comme l’enseigne la tradition dogon, la constellation de Sirius comporte non pas deux mais trois étoiles, nous explique notre jeune guide avec un sourire complice. Je lui rends son sourire mais n’y vois qu’un heureux hasard. Moi ce qui me fascine surtout dans la cosmogonie dogon c’est qu’elle part du plus concret : les étoiles sont des boulettes de glaise lancées dans le ciel, la lune et le soleil des poteries en terre, les hommes ont été façonnés avec de l’argile puis chauffés au soleil de midi, et elle nous mène marche après marche jusqu’au grenier céleste, d’où l’insaisissable, la brûlure, le tremblement, qu’importe le nom qu’on lui donne, se laisse parfois entrevoir.

Visage surexposé de Nin. Elle passe la phalange proximale de son pouce sur sa pommette gauche. Pensive, elle a un léger sourire aux lèvres. Je regarde palpiter sa carotide. Elle voit que je l’observe, alors elle me jette son regard par le bas de femme fatale. Puis elle tient la falaise mythique entre le pouce et l’index, et la jette négligemment en l’air dans un rire.

Pendant presque toute la rando, le guide a les écouteurs de son baladeur enfoncés dans les oreilles. Il porte un T-shirt « Rave Party » et se réfère souvent au mode de vie américain. Parlant des gens qui habitent au pied du plateau rocailleux, il dit : « C’est gens-là sont des animistes, c’est-à-dire qu’ils ne prient pas vraiment. » Je lui demande alors sa religion, « libre penseur » me répond-il, un sourire au coin des lèvres.