tu voulais écrire en musique

Ravi de participer une nouvelle fois à cette belle aventure des vases communicants où chaque mois on découvre des mondes dans des mondes.

C’est justement grâce à une précédente édition que j’ai découvert Chez Jeanne et son babelibellus aux tiroirs bien remplis.

Pour démarrer l’année en beauté, on échange sur les livres, la musique et l’écriture. Très heureux donc d’être accueilli chez elle pour mon Proust big fun.
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tu voulais écrire en musique. tu écris toujours en musique. à fond dans les oreilles. pour étouffer le bruit du monde. tu voulais..
mais le bruit du monde s’est fait par dessus les sons. pas un ne convenait pour éteindre bruit, fureur et tout ce que ça impliquait.
quelle musique, quelle mélodie, que mettre sur ce jour-là qui ne méritait pas d’être venu jusqu’à toi ? que poser de soi pour qu’un son devienne espace ? où trouverais-tu ce moment entraînant, exigeant et sûr de soi pour écrire à nouveau sans silence ?
ça ne viendrait. ça ne s’arrangerait pas à l’aube revenue. tu ne pouvais plus entendre. tu ne voulais plus être avec ces colères et rages qui t’envoient ad patres la gueule enfarinée.
tu voulais écrire en musique. tu le fais toujours. tu trouves un son, une.. mélodie, une.. histoire, des.. pleurs et tu cours sur la page tu écris.
tu voulais et c’est aujourd’hui différent. tu veux imposer le silence au monde. tu ne veux plus rien entendre que les mauvaises nouvelles qui inlassablement viennent et ne t’étonnent plus. tu as perdu ça sans le rythme des souls pleurants et des rages. tu as serré les poings, les dents et tu n’as pas trouvé l’écume de ce qui sourd en toi.
d’une musique écrire mais sans..
il n’y avait pas cette saveur particulière d’un souvenir d’écrit, pas cette bande son qui imageait ce qui venait au creux de tes mains.
tu voulais et ne pouvais plus.
écrire en musique imposait son rythme qui n’était plus le tien.

Texte : Chez Jeanne

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Liste des vases communicants en janvier 2014 , un grand merci à Brigitte Célérier pour l’animation et la lecture attentionnée des textes échangés.

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New York

Tu sautes dans un taxi et tu débarques sur le pont de Brooklyn, là où l’univers de Miller s’est élargi. La pluie est étrange. Il y a un faux soleil au dessus de la ville. Tu contemples le fantôme de la divine Amérique. La terre ne peut être fécondée par ici, te dis-tu. Toute la matinée à te balader entre les buildings construits sur la poussière des morts. Et ce bruit tout autour de toi qui curieusement t’apaise. A Battery Park, tu oublies la ville et essaies de reconstituer le monde d’avant Colomb. L’amoncellement des coquilles d’huîtres dans Pearl Street, les clairières où poussent le maïs et le tabac, les huttes en écorce le long des berges, la crique bleu marine où viennent pêcher les Indiens de la petite île. Puis tu te souviens des mauvaises fictions de ton adolescence. Les ermites matérialistes et les programmeurs cyberpunks, tu les imagines vivre au sommet des plus hauts buildings. Avec ton appareil photo, tu cherches les interstices et les points de fuite. Des particules argentées s’évaporent de l’épave du navire qu’ils ont trouvée à Ground Zero. Tu regardes à l’horizon. La ligne de crête massacre le gris du ciel. « J’ai de nouveau yeux » chante au loin le vieux Dylan. Alors tu te remémores les grands classiques de l’auteur-compositeur-interprète-figure-majeure-de-la-musique-populaire et c’est de nouveau le grand espace qui surgit devant toi. Tout apparaît dans les grandes largeurs. Le faux soleil, les épaves, la poussière des morts et cette entaille constante qui dénude l’Amérique. Visions apocalyptiques d’un chef terroriste à la mesure de cette ville, visions si vastes que même un dieu corporel y laisserait sa peau.

À Central parc, tu repenses à la première fois où tu as atterri ici, au jazzman et à son jazz qui replaçait dans le ciel des rushs d’incandescence, et aussitôt l’émotion première réapparaît.

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