La marée des ancêtres

J’ai peur de me connaître, alors j’habite toujours les mêmes pièces, je balise mon identité, mais je sais qu’ils sont là, juste à mes côtés. Impossible de les ignorer, ils parlent en moi. Parfois même leur sang crie dans mes veines. Ils sont mon héritage et moi un de leurs vestiges, fruit du triomphe d’un instant ou bien d’un égarement. Énumérons-en quelques uns : le barbare bourré jusqu’à la gueule, l’aristocrate indomptable, le chercheur philosophe qui a passé sa vie à regarder au microscope l’âme humaine, le marin pauvre et sauvage, l’obscur pianiste de bar… Ma généalogie disloquée me manipule à volonté. Incroyable comme ils sont nombreux, tous ces fantômes qui remuent à l’intérieur. Ils font un drôle de bruit dans mes veines, un bruit de fond qui m’effraie la nuit. De ce bruit de fond j’essaie chaque jour de me réinventer. Superposant le passé au présent, il m’arrive de me prendre pour eux. Je me demande alors ce qui m’est propre. Hoel m’avait prévenu : ton identité, c’est du vent. Aurais-je un jour le courage d’aller y voir de plus près ?

Photo : J. Réault, Nantes – Femme, le poing tendu au dessus de son fils, maudissant la mer

Nos amitiés tenaces

Nos amitiés tenaces, c’est pour la beauté. Nos promesses d’évasion, c’est pour la beauté. Les dégagements vers l’ailleurs et l’existence à vif, c’est pour la beauté. Les fantômes, les énigmes, les mystères, c’est pour la beauté, toujours plus de beauté.

Peinture : Zao Wou-Ki