tu voulais écrire en musique

Ravi de participer une nouvelle fois à cette belle aventure des vases communicants où chaque mois on découvre des mondes dans des mondes.

C’est justement grâce à une précédente édition que j’ai découvert Chez Jeanne et son babelibellus aux tiroirs bien remplis.

Pour démarrer l’année en beauté, on échange sur les livres, la musique et l’écriture. Très heureux donc d’être accueilli chez elle pour mon Proust big fun.
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tu voulais écrire en musique. tu écris toujours en musique. à fond dans les oreilles. pour étouffer le bruit du monde. tu voulais..
mais le bruit du monde s’est fait par dessus les sons. pas un ne convenait pour éteindre bruit, fureur et tout ce que ça impliquait.
quelle musique, quelle mélodie, que mettre sur ce jour-là qui ne méritait pas d’être venu jusqu’à toi ? que poser de soi pour qu’un son devienne espace ? où trouverais-tu ce moment entraînant, exigeant et sûr de soi pour écrire à nouveau sans silence ?
ça ne viendrait. ça ne s’arrangerait pas à l’aube revenue. tu ne pouvais plus entendre. tu ne voulais plus être avec ces colères et rages qui t’envoient ad patres la gueule enfarinée.
tu voulais écrire en musique. tu le fais toujours. tu trouves un son, une.. mélodie, une.. histoire, des.. pleurs et tu cours sur la page tu écris.
tu voulais et c’est aujourd’hui différent. tu veux imposer le silence au monde. tu ne veux plus rien entendre que les mauvaises nouvelles qui inlassablement viennent et ne t’étonnent plus. tu as perdu ça sans le rythme des souls pleurants et des rages. tu as serré les poings, les dents et tu n’as pas trouvé l’écume de ce qui sourd en toi.
d’une musique écrire mais sans..
il n’y avait pas cette saveur particulière d’un souvenir d’écrit, pas cette bande son qui imageait ce qui venait au creux de tes mains.
tu voulais et ne pouvais plus.
écrire en musique imposait son rythme qui n’était plus le tien.

Texte : Chez Jeanne

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Liste des vases communicants en janvier 2014 , un grand merci à Brigitte Célérier pour l’animation et la lecture attentionnée des textes échangés.

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Un dernier air à disparaître

Vu de l’orchestre, des formes indécises. En s’approchant un peu, on distingue les maisons closes et une foule solitaire. On entend des voix affaiblies, on devine une ligne imaginaire : ce qui est musique et ce qui n’en est pas. Des gens déambulent. On repère les morts, manipulables à l’envie. Ils avalent les événements sans broncher. Parmi eux quelques mourants. Ils ont la fausse gaîté des possédés. Leur visage est rongé par une vie d’obéissance. Personne ne soucie d’eux. Et puis il y a les autres, ceux qui veulent encore vivre. Ils nous incitent à affronter nos propres fantasmes. Ils aiment se rendre invulnérables aux maladies de l’époque. Cherchent envers et contre tout à faire redémarrer l’histoire. Sont prêts à souffrir pour cela, à s’arracher du confort. Ça ne fait pas que du bien d’être en vie. On devine la force secrète qui circule au-dedans d’eux, cette foi inquiète qui survit à travers eux et qu’on s’infuse goutte à goutte certains soirs, certaines nuits. Comme eux, on aimerait être en permanence à l’affût des battements et des vibrations. On aimerait avoir leur courage. Écoutons bien, il y a un dernier air à disparaître, la musique des derniers hommes désinvoltes.